Défis et perspectives de la presse écrite : ce qu’en dit Alpha Abdoulaye Diallo, président de l’AGEPI

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Récemment porté à la tête de l’Association Guinéenne des Editeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), Alpha Abdoulaye Diallo ne manque pas d’ambitions pour la presse écrite guinéenne, de plus en plus bousculée par les nouveaux types de médias. Le directeur de publication du journal Le Populaire entend relever ce défi dans une conjoncture pour le moins compliqué. Il l’a dit dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com dans la journée du vendredi dernier, 03 janvier 2020. Il a mis l’occasion à profit pour dresser le bilan dans ce secteur au compte de l’année écoulée.

Guineematin.com : le 16 novembre 2019, vous avez été élu une seconde fois dans la même année comme président de l’AGEPI. Pouvez-vous nous expliquer comment on est arrivé là ?

Alpha Abdoulaye Diallo : avant notre élection déjà, nous avions été élus pour une première fois le 20 mars 2019. L’élection a été contestée, tous les dossiers de l’AGEPI ont été judiciarisés. Nous avons donc mené pendant les 08 mois une bataille judiciaire. Nous avons gagné deux des grands procès qui ont été intentés. Le 12 septembre dernier, nous avons remporté le plus important des procès. En novembre, nous avons été appelés à remettre en question donc l’élection par le biais du comité de médiation qui a été mis en place à la demande des anciens présidents de l’AGEPI, notamment monsieur Yacine Diallo, qui est le vice-président actuel de l’INIDH, monsieur Diallo Souleymane, qui est le patron du groupe Lynx-Lance, monsieur Hassan Kaba qui est l’actuel directeur de la maison de la presse. Ils ont été appelés par la HAC qui a aussi demandé à deux de ses commissaires d’être du groupe de médiation, à savoir le commissaire Sékhouna Keita et le commissaire Elhadj Ousmane Camara, qui ont donc formé l’équipe de médiation, qui a abouti à la conclusion qu’il fallait remettre en question l’élection, reprendre tout le processus. Ce ce qui a été fait le 16 novembre. Alors nous avons été réélus donc depuis le 16 novembre nous sommes en train de remettre en place les choses. Comme vous l’avez suivi certainement, il y a quelques jours les clés du siège de l’AGEPI nous ont été remises et maintenant nous avons estimé qu’il fallait faire l’état des lieux d’abord des installations parce que comme vous le savez certainement, l’AGEPI a été victime de vandalisme. Il y a des matériels qui ont été emportés mais comme tous les dossiers sont devant la justice nous allons continuer à nous battre sur le plan judiciaire pour obtenir la restitution de tout ce qui a été restitué et après nous allons donc continuer le travail.

Guineematin.com : depuis votre élection il y a plus de deux mois, qu’est-ce que vous avez pu poser comme base ?

Alpha Abdoulaye Diallo : déjà, nous avons commencé à travailler. Comme vous le savez, c’est une association d’éditeurs et nous sommes en partenariat avec beaucoup d’institutions de la République, avec beaucoup d’institutions internationales, avec beaucoup d’ONG. Alors, nous avons participé à la Semaine Nationale de la Citoyenneté. Je pense que nous avons réussi à faire en sorte que le ministère de la Citoyenneté puisse trouver à l’AGEPI un meilleur partenaire parce que, comme vous le savez, actuellement les médias jouent un rôle important dans la réussite des évènements nationaux et internationaux. Donc, l’équipe de l’AGEPI qui a été chargée de piloter l’évènement, à mon sens, a fait un bon boulot. Mais encore une fois, ce n’est pas à nous d’apprécier ce que nous faisons, mais nous estimons qu’à juger ce qui a été fait, nous allons être bien notés.

Guineematin.com : en tant que président de l’AGEPI, quels sont les défis que vous comptez relever pour cette année 2020 ?

Alpha Abdoulaye Diallo : pour cette année 2020, le challenge va être de reprendre effectivement les travaux au sein de l’AGEPI et de faire en sorte que désormais, les associés, tous les membres de l’association, tous les anciens président d’honneur trouvent en l’AGEPI une nouvelle structure et une nouvelle image, respectueuse de cette association en Guinée et dans la sous-région, parce que tout récemment nous avons eu à échanger avec des africains. Parce que le monde étant ce qu’il est actuellement, ce sont les réseaux qui permettent aux associations nationales de bien trouvées leur part et de bien jouer leur partition. Donc, comme vous le savez, le monde des médias, le monde des journaux imprimés est aujourd’hui émiettés par la fulgurance des gaffâmes et donc nous allons bientôt nous atteler à faire en sorte que bientôt les journaux puissent s’approprier les plateformes numériques pour essayer de booster les ventes. Parce qu’actuellement, les ventes ne sont pas ce qu’elles étaient auparavant. Et donc, nous allons travailler sur ce dossier. Nous allons également faire appel à nos ainés et à nos confrères de l’Afrique de l’Ouest et du continent pour essayer d’aider la presse guinéenne quand-même à s’amender en termes de contenu. On sait qu’en termes de liberté de liberté de ton, la presse imprimée guinéenne est très respectée dans l’Ouest africain ; et, nous allons faire en sorte qu’en termes de contenu, nous puissions faire aussi apporter notre petit grain de sel pour que dans les deux prochaines années, les lecteurs puissent trouver grande satisfaction.

Guineematin.com : on sait que l’AGEPI a une mauvaise image parce que les journalistes membres de cette association n’ont souvent pas de salaires et certains journaux ne paraissent pas de façon régulière. Qu’est-ce que vous comptez faire pour régler ces différents problèmes ?

Alpha Abdoulaye Diallo : il n’y a pas de remède miracle, mais il y a des voies de solution. Ces voies de solution c’est de faire en sorte qu’à commencer par nous-mêmes au niveau du journal Le Populaire, nous puissions nous remettre en question mais aussi que l’association elle-même puisse sortir la tête de l’eau. Parce que comme vous le savez, 9 mois de crise, ce n’est pas rien pour une association. C’est vrai qu’il y a des acquis, mais ce qu’il y a à faire, c’est d’amener les éditeurs à comprendre qu’ils ont beaucoup plus à gagner en unissant leurs efforts qu’en activant des clivages. Parce que comme je vous l’ai dit, la vente des journaux est en chute libre depuis des années, ce n’est pas seulement en Guinée. On a vu le New-York Times qui n’est plus ce qu’il était avant. Mais aujourd’hui, tout est au niveau des plateformes numériques ; le papier est en train de se démoder. Donc aujourd’hui, que ça soit en Guinée ou ailleurs, tout le monde se met sur internet. C’est pourquoi je disais qu’on doit faire en sorte que les éditeurs guinéens puissent s’approprier de l’outil informatique. Aussi, avec l’aide des partenaires, des institutions nationales, des institutions consulaires mais aussi des ONG internationales, nous allons activer une série de plaidoyers pour faire en sorte que d’abord nous puissions qualifier et rehausser la quantité de journaux imprimés dans le pays. Ensuite, nous allons faire en sorte que désormais les éditeurs soient dans une dynamique d’excellence. Parce que comme vous l’avez dit, on a un sérieux problème de parution dans ce pays ; il y a beaucoup de journaux qui n’existent que de noms dans ce pays. Il y a d’autres qui ne respectent plus la périodicité. Donc, c’est une vérité. Il y a également les gens ne prenaient pas en considération la respectabilité de la fonction d’éditeur de la presse. Donc, c’est sur tous ces chantiers que nous allons essayer d’évoluer. Nous n’avons pas assez de temps, on a perdu beaucoup de temps, mais je pense que suivant le business plan qui va être présenté bientôt, vous verrez qu’il n’y a pas de recette miracle car en travaillant sur la ressource humaine et en essayant de moderniser les matériels, les médias imprimés guinéens pourront retrouver bientôt leur lettre de noblesse.

Guineeamtin.com : 2020, c’est une année électorale en Guinée et dans la sous-région. Quelles sont vos attentes de nos confrères journalistes ?

Alpha Abdoulaye Diallo : comme vous le savez, en Guinée, beaucoup d’anciens journalistes sont devenus des éditeurs, mais nous n’avons pas assez à attendre de la presse ou des journalistes. Nous disons simplement que chacun d’entre nous, éditeurs ou journalistes, nous devons jouer notre rôle de la manière la plus professionnelle. Il n’y a pas à réinventer la roue, nous avons notre éthique, nous avons la déontologie, c’est ce qui constitue notre guide, notre boussole. Donc, il faut que chacun puisse se mettre à l’idée que nous sommes d’abord des journalistes, nous sommes d’abord des éditeurs, nous sommes d’abord au service du public, c’est ce qui est important. Ensuite, il faut qu’on sache que nous sommes toujours de véritables gardiens de la démocratie. Parce que la presse, de par son rôle de critiques, est un partenaire, sinon un indicateur viable de la santé de la démocratie. Il n’y a pas de démocratie sans critiques, il n’y a pas de démocratie sans débat, et donc il faudrait que nous puissions jouer notre partition. Parce que comme vous le savez, 2020, c’est une année électorale tant en Guinée que dans la sous-région africaine. Donc, notre rôle c’est de continuer à être des médias très critiques, mais surtout à être des médias socialement très responsables. Je souhaite que l’année 2020 nous apporte beaucoup de bonheur, que l’année permette aussi aux éditeurs et aux journalistes guinéens de se donner la main pour sortir de l’eau.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

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