Violences survenues à N’zérékoré, pour Michel Pépé Balamou, « la région forestière n’est pas un bétail électoral… »

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Michel Pépé Balamou, l'auteur de la Tribune.

TRIBUNE – Depuis 1991, la région forestière et plus particulièrement la ville de N’zérékoré, est secouée par des conflits ethniques, qui opposent les populations autochtones à celles allogènes avec, à la clé, des bilans macabres et des dégâts matériels insoutenables. Paradoxalement, les autorités administratives et coutumières font signer des pactes de non-agression et de cohabitation pacifique qui tombent dans des sourdes oreilles des populations hantées par la psychose de la vengeance éternelle au moindre clin d’œil du voisin.

Et la dernière crise en cours est en train d’être mal gérée par les autorités administratives à l’effet de rentrer dans les bonnes grâces du président de la république qu’elles sont pourtant en train de rendre impopulaire dans la région à quelques mois de l’élection présidentielle de 2020. Sinon, comment peut – on comprendre que deux camps se battent, on enregistre des morts et des dégâts matériels de part et d’autre et que c’est seulement dans un camp qu’on procède aux arrestations ?

La première phase d’enquête devrait se focaliser sur l’arrestation des commanditaires de l’incendie de l’église protestante de Dorata, élément déclencheur de ces affrontements sanglants. Mais en qualifiant des éléments d’un camp de mercenaires, on ne rend pas service au président et honneur à la République. Aux populations allogènes et autochtones de N’zerekoré de comprendre que les régimes, les présidents, les leaders politiques passent, mais les communautés demeurent.

Hier c’était les présidents Sékou Touré, Lansana Conté, Moussa Dadis camara, aujourd’hui le président Alpha Condé, demain ça sera un autre président ainsi de suite. Donc privilégions la paix, l’amour nonobstant nos différences culturelles. Ne donnons pas l’impression que chaque régime qui vient choisit un camp au détriment d’un autre pour des raisons électorales.

La région forestière n’est pas un bétail électoral qu’on immole à chaque fois sur l’autel de la conquête ou de la conservation du pouvoir. Nos misères sont communes. Aux autorités du pays de comprendre que ce qui se passe à N’zérékoré est une crise multidimensionnelle qui ne se résoudra pas par des arrestations sélectives qui ne feront qu’en ajouter aux multiples frustrations. Les problèmes sont connus de tous mais aussi occultés par tous les fils de la région soucieux de préserver leurs différents postes administratifs.

Il faut aussi rappeler que cette région est fortement préconflictuelle ou conflictogène du fait de la présence des anciens seigneurs de guerre du Libéria et des milliers de jeunes recrutés pendant la transition, entraînés à l’Art militaire dans les camps de khalia (Forécariah) et kissidougou et ensuite reversés dans la nature.

 

Michel Pépé Balamou, Citoyen